Expatriation : comment survivre aux tensions familiales pendant les fêtes

Les fêtes de fin d’année peuvent être une période particulièrement éprouvante pour les expatrié.es, et surtout lorsqu’iels ont une famille habituée aux tensions. Que ce soit pour apaiser la situation, pour éviter au possible les tensions, ou encore en jouant les médiateurs, certains expatriés se retrouvent à prendre un rôle qui ne leur appartient pas, juste pour tenter de garantir la paix entre les membres de leur famille.

Beaucoup de personnes hésitent alors à rentrer pour ne pas se retrouver à nouveau au centre de conflits qu’elles réussissent à éviter en vivant dans un autre pays. Cette pression de vouloir que tout se passe bien est souvent plus forte sur les expatrié.es qui ne rentrent que peu de jours par an et souhaitent profiter au mieux de ce moment en famille pendant les fêtes.

Pour illustrer ce phénomène qui empêche les expats de bien profiter de leurs fêtes, laisse-moi te raconter l’histoire de ma cliente Jeanne qui a réussi à changer son état d’esprit en une séance et a passé un super réveillon l’an dernier !

Le contexte de la vie d’expatriée de Jeanne

Jeanne vit à Madrid depuis 5 ans. Je la voyais en thérapie depuis déjà quelques mois et l’an dernier, à l’approche des fêtes on a commencé à parler d’un nouveau challenge auquel elle allait devoir faire face cette année :

Rentrer chez ses parents en France pour les fêtes, alors qu’elle anticipait un réveillon mouvementé et stressant, comme tous ceux qu’elle a pu vivre avant.

Jeanne vient d’une famille très traditionnelle, qui adore faire des remarques déplacées à tout le monde. La moindre nouvelle de sortie du modèle familial parfait attendu se répand comme une trainée de poudre et est largement discutée et critiquée par tous (sauf Jeanne qui aimerait qu’on la laisse un peu tranquille).

Le réveillon est souvent synonyme de malaise à cause des comportements toxiques de sa famille et elle ne peut s’empêcher d’essayer de tout temporiser : elle surveille tout le monde, change les sujets quand elle sent que les esprits s’échauffent et essaie d’alléger l’atmosphère quand celle-ci devient pesante.

Elle a l’impression que c’est son rôle de maintenir l’ordre dans sa famille pour éviter les débordements, car elle n’imagine pas que les autres auront la même implication qu’elle. Le problème c’est qu’elle est du coup tout le temps sur le qui-vive, qu’elle s’épuise et qu’elle ne profite pas.

Mais alors, quel est le problème ici ? Pourquoi est-ce que Jeanne n’est pas capable de prendre du recul et de laisser sa famille ruiner leur propre réveillon s’ils en ont envie ?

Comment savoir si tu joues toi aussi le rôle du Sauveur ?

Le Sauveur pense toujours bien faire et aider les autres, sauf que du coup il se met au second plan !

Tu as l’impression de te reconnaître mais tu n’es pas sûr.e ? Voici quelques exemples de comportements du Sauveur :

  • Tu ressens la responsabilité de l’apaisement familial alors qu’on ne t’a rien demandé
  • Tu passes ton temps à scruter les conversations pour t’assurer que tout va bien
  • Tu as l’impression d’être tout le temps concerné par ce qui se passe et que donc tu dois tout le temps surveiller
  • Tu es un.e expert.e à sentir le moindre shift d’ambiance (pas causé par toi bien sûr) et tu interviens vite
  • Tu te responsable des émotions des autres, donc tu cherches toujours à faire en sorte que tout aille bien

Tu comprends le poids de la responsabilité que tu te mets spontanément, sans que personne ne te l’ait demandé et surtout sans que personne ne le remarque donc ne te remercie ?

Laisse-moi t’expliquer un peu plus en détail ce qui se joue inconsciemment dans ta tête et celle de tes proches à ce moment-là :

Le décorticage des comportements toxiques de Jeanne et de ses proches
(à utiliser par la suite pour améliorer TES relations)

Grandir dans une famille pas très saine laisse souvent des traces, et si Jeanne n’aime pas critiquer les autres, elle adore en revanche les sauver. Et agir en tant que Sauveuse, c’est un des trois rôles que Jeanne peut endosser, pour s’assurer de rester dans une relation toxique.

On les retrouve dans ce super triangle, le triangle dramatique de Karpman (que j’aime appeler le triangle des relations toxiques) :

Le triangle vient d’ici

Voici les trois rôles concernés, et surtout comment en sortir :

Pour avoir des relations saines, il est important de rester en dehors de ce triangle. Or, Jeanne et sa famille plongent en fait dedans sans s’en rendre compte à chaque interaction pendant le réveillon.

Le super-pouvoir de ce triangle c’est que chaque angle communique avec les autres : le sauveur et la victime sont un super duo, le persécuteur et la victime aussi. Le sauveur et le persécuteur un peu moins par contre.

Voici leurs caractéristiques, avec des exemples pour t’illustrer. Essaie de repérer ton ou tes angles de prédilection (on en a toujours au moins un) : 

LA VICTIME

La personne qui prend le rôle de la victime se sent impuissante et irresponsable face à ses malheurs. Elle espère que les autres viendront la sauver. Elle prend le dessus sur la situation en s’apitoyant sur son sort et en espérant de l’aide, souvent sans la demander vraiment.

Ici, Jeanne imagine les membres de sa famille comme des victimes qu’elle peut et veut sauver. Elles sembleraient lui envoyer des pensées pour lui dire « viens nous sauver de cette situation gênante ! ».

Les émotions de la Victime sont bien entendu valides, mais elles n’aident pas à améliorer la situation puisque :

  • La Victime appelle le Sauveur car elle pense que seul lui pourra l’aider comme elle est totalement impuissante (Jeanne est notre Sauveuse ici)
  • Elle appelle aussi le Persécuteur car elle se laisse faire. Sa faiblesse peut énerver ou attirer les personnes qui veulent profiter d’elle (le Persécuteur est ici représenté par les membres les plus vindicatifs de sa famille)

Comme tu peux le voir, dès lors que tu es en Victime, tout t’incite à rester dans le triangle des relations toxiques et à attirer les autres dedans.

Par contre, quand la patience de la Victime a trop longtemps été abusée, elle peut aussi passer en Persécuteur, c’est ça le fun du triangle : rien n’est figé ! Exemple : Jeanne pourrait en avoir assez de ressentir cette pression (qu’elle se met toute seule) et pourrait finir par exploser en plein repas en disant ses quatre vérités à toute sa famille.

LA SAUVEUSE

Elle veut absolument aider et protéger. Cela part d’une bonne intention, mais il devient toxique lorsqu’elle est convaincue qu’elle est essentielle à la résolution du problème. C’est exactement Jeanne : elle pense sa famille incapable de résoudre ses propres problèmes qu’elle se crée, elle les voit comme des enfants. La sauveuse voudrait agir à la place de l’autre, ou elle s’imagine tellement dans ses chaussures qu’elle a les mêmes sensations que si c’était son problème à elle. Pareil pour Jeanne, elle imagine que son propre malaise est le même pour tout le monde, alors que peut-être que non !

Exemple : « Ne t’inquiète pas, je vais me charger de ça » (alors qu’on ne lui a rien demandé), « et si on changeait de sujet ? Maman, tu veux nous parler de … » (alors que personne n’a rien dit).

  • La Sauveuse attire généralement les Victimes. Elles savent très bien se repérer, et vice versa d’ailleurs. Attention, ce n’est pas parce qu’elle veut aider que la situation est équilibrée : la Sauveuse se considère SUPÉRIEURE à la Victime. Elle pense avoir toutes les réponses. C’est exactement le cas de Jeanne qui voit sa famille comme des enfants, et elle en tant qu’adulte raisonnable.

Le triangle va à nouveau devenir fun : la Sauveuse peut aussi passer en Persécuteur quand elle commence à être frustré. Et oui, à force de voir qu’elle n’obtient aucun résultat malgré tous ses efforts pour sauver la personne, elle s’énerve ! Ce serait tellement plus simple si elle était à sa place, elle sait exactement ce dont elle a besoin (bien sûr que non, en réalité).

LE PERSECUTEUR

Il critique, juge, fait des reproches, blâme les autres. Il est souvent le résultat d’un mélange d’émotions telles que la tristesse, la colère, la frustration qui ont été contenues trop longtemps. Ils sont ici, les méchants dans l’histoire de Jeanne, ce sont d’eux que Jeanne veut sauver le réveillon !

Exemple : « Tu as entendu ce que X a fait la semaine dernière ? », « Tu ne rentres pas assez souvent, on ne te voit jamais et ta grand-mère vieillit ! »

  • Le Persécuteur cherche à faire de son interlocuteur sa Victime. Il se considère supérieur et veut prendre le dessus dans l’interaction.

COMMENT SORTIR DU TRIANGLE DRAMATIQUE ?

C’est simple : commence par repérer les situations de vie où tu es ou as été dans un des coins du triangle (on a généralement un angle préféré). Qu’est-ce qui t’y a attiré ? Une personne ou une situation en particulier ?

Il faut ensuite rééquilibrer ta communication pour t’extraire du Triangle en communiquant en Adulte cette fois-ci, avec la méthode de la Communication Non Violente.

  • En exprimant des faits et non des reproches
  • En exprimant tes émotions sans qu’elles ne prennent le contrôle : j’exprime ma colère sans me mettre en colère
  • Sans blâmer l’autre : en utilisant le « je » et en partant de toi
  • En posant des questions pour avoir le point de vue de l’autre

Tu peux par exemple totalement demander de l’aide sans être en Victime : « Je me rends compte que je me mets beaucoup de pression à essayer d’apaiser tout le monde pendant le dîner, pourrais-tu me venir en aide ? »

Mais aussi, exprimer ton mécontentement sans passer en Persécuteur : « Je vous avoue que j’ai hésité à venir car le réveillon est toujours très stressant pour moi, je ne peux pas me relaxer car les conversations tournent toujours en disputes. ».

Ou encore essayer d’aider quelqu’un sans être en Sauveur : « Je comprends ta situation et effectivement ça ne doit pas être facile, surtout pour toi qui ne rentres qu’une fois par an. Comment pourrait-on t’aider ? »

D’une manière générale, si vous vous rendez compte au milieu de la conversation que vous êtes dans le triangle, écourtez-la et reprenez plus tard une conversation en Adulte dans de meilleures conditions.

Les résultats de la séance

Une fois que Jeanne a compris la dynamique toxique de sa famille qui l’a attirée dans une position de sauveuse, elle a pu ouvrir les yeux. Toutes les personnes impliquées dans ces discussions sont des adultes, totalement responsables. Elles sont capables, elles-mêmes, de prendre en charge les conséquences de leurs propres actions.

Jeanne prend le rôle de sauveuse de la situation, comme si elle était la seule à pouvoir le faire, alors qu’il faut laisser aux autres assumer les conséquences de leurs actes ! Sinon comment peuvent-ils évoluer et progresser ? Ici, comment les personnes responsables de la mauvaise ambiance pourraient subir les conséquences de leurs actes si Jeanne sauve la situation avant qu’il ne se passe quoi que ce soit ?

Cette prise de recul lui a fait un électrochoc et elle est rentrée chez sa famille avec un vrai plan d’action.

Résultat : son meilleur réveillon depuis qu’elle est adulte ! Elle n’est jamais intervenue et s’est même autorisée à quitter la pièce pour vaquer à ses occupations quand l’ambiance ne lui allait pas.

Parfois, voir une perspective différente d’une même situation change TOUT ! En s’autorisant à sortir de son schéma de sauveuse qu’elle ne voyait pas, Jeanne s’est déchargée d’un gros poids et peut enfin être réellement à sa place : en dehors de toute cette toxicité.

C’est pour ça que la thérapie c’est génial : tu travailles en équipe pour résoudre tes problématiques, et les résultats transforment ton quotidien ! Ici cette prise de conscience lui a pris littéralement une séance, et c’était la seule qu’on a eu avant son réveillon.

Si comme Jeanne, tu ressens que tu te mets beaucoup de pression à apaiser et temporiser les autres, pendant les fêtes ou autres, c’est le moment de venir travailler ça en thérapie pour te focus à nouveau sur toi !

Prends RDV ici pour qu’on commence dès maintenant à te soulager 😊

FAQ tensions familiales pendant les fêtes

Comment gérer une famille toxique pendant les fêtes ?

Ton but est de rester à l’extérieur du Triangle. Si tu ne te fais pas toucher, tu ne peux pas être attiré dans les dramas. Trouve-toi une personne safe, un endroit safe où aller entre les plats si vraiment c’est compliqué. Ne t’implique pas, même si on t’invite dans un conflit. Si tu ne provoques pas un conflit, alors il faut que ça te passe au-dessus de la tête.
Si les fêtes sont vraiment trop compliquées à gérer, tu peux même arrêter de rentrer à ce moment-là et choisir une période plus propice à la détente. Tu n’as pas à subir le moment sous prétexte que c’est la tradition.

Comment arrêter de vouloir sauver tout le monde ?

Commence par considérer tout le monde (sauf les enfants bien sûr) comme des adultes responsables, même s’ils ne le sont en réalité pas. Tu n’es pas leur parent, donc tu n’as aucun rôle à jouer en ce sens. En les sauvant continuellement, tu les protèges et tu les empêches de subir les conséquences de leurs actes. Peut-être que si tu laissais ton oncle s’engueuler bien fort avec tout le monde une bonne fois pour toutes, il ne serait plus invité et ça réglerait pas mal de problèmes ? Au lieu de ça tu ne fais que repousser ce moment.

Comment prendre du recul face aux conflits familiaux ?

Trois questions à te poser :

  • Est-ce que tout le monde est en sécurité physique, que ce ne sont que des conflits sans violence ?
  • Es-tu concerné par ce conflit ?
  • As-tu commencé ce conflit ?

Si les réponses sont oui, non, non, alors il faut que tu prennes absolument du recul. Force-toi à ne pas intervenir, vaque à tes occupations, quitte la pièce. Pose tes limites, dis officiellement que tu ne veux plus en entendre parler. Changer les dynamiques familiales peut prendre du temps mais ça vaut le coup !